Dans le Gers, le visage changeant de la «néo-ruralité»

photo Dans le Gers, le visage changeant de la «néo-ruralité»

Le déploiement du Très Haut Débit en zones rurales et l’essor du travail à domicile permettent à des citadins de quitter.
Le Gers est l’un des premiers départements à avoir pressenti et accompagné le phénomène.

Depuis l’automne dernier, lorsqu’Anne pousse chaque matin les volets de la pièce qui lui sert de bureau, c’est sur un jardin de plus d’un hectare que son regard se promène. A 52 ans, cette Belge spécialisée dans le coaching de managers et de chefs d’entreprise a décidé de franchir le pas. Au Diable les embouteillages et le stress de la ville ! Direction Gondrin, petit village situé entre Eauze et Condom, en plein cœur de l’Armagnac, où Anne et son mari ont donc posé leurs valises et fait l’acquisition d’une vieille maison gasconne dans ce Gers tout en rondeurs et collines.

Comme Anne, ils sont plus de 350 à s’être installés depuis 2008 aux quatre coins du département, dans ce pays de cocagne largement popularisé voici vingt ans par le célèbre film d’Etienne Chatiliez, Le Bonheur est dans le pré. Ils ? Des néo «néo-ruraux» qui, à la différence des premiers exilés urbains, ne prennent pas forcément la route de la campagne en raison de problèmes financiers ou pour se lancer dans la vie agraire et pastorale. Cette seconde génération, essentiellement composée de cadres dont 70 % gravitent autour des métiers de la communication, du conseil et de l’économie numérique, a fait le choix de laisser derrière elle une vie urbaine usante et anxiogène tout en continuant d’exercer la même profession. Une possibilité offerte par le développement croissant sur tout le territoire de l’accès à l’Internet Très Haut Débit (condition indispensable) ainsi que par l’essor du travail à domicile, qui n’est plus simplement réservé aux travailleurs indépendants mais aussi aux salariés qui sont de plus en plus nombreux à adopter ce mode de fonctionnement.

«Le phénomène est lié à un double constat. D’une part des citadins épuisés par la vie urbaine et de l’autre des villages et des campagnes qui se dépeuplent et qui ont  un fort besoin de renouvellement démographique» indique Audrey Fiévet, chargée de développement économique à la CCI du Gers et responsable du programme «Soho Solo Gers», dispositif global d’aide et d’accompagnement aux travailleurs et salariés qui s’installent dans le département. «Depuis de nombreuses années, les études d’opinion montrent qu’un tiers des salariés se disent prêts au télétravail. Avec un taux de couverture ADSL de 94 % dans tout le département, cela ouvre des perspectives» ajoute-t-elle.

La chambre consulaire gersoise a été l’une des premières en France à mettre en place dès 2008 des outils d’accueil avec le programme «Soho Solo Gers» (Soho pour «Small office home office», littéralement un «petit bureau à domicile.) Au même moment, la région Auvergne se lançait dans son vaste «New deal» avec notamment des offres d’emplois comprenant un loyer offert pendant toute la période d’essai. Dans le cadre de «Soho Solo Gers», aucune aide financière n’est attribuée mais les 350 «solo» installés, dont 80 % de Français venus pour beaucoup d’Île-de-France, disposent de 47 villages d’accueil, 31 villages associés, 8 télé-centres, un Intranet dédié, une news-letter, des espaces de travail, 10 réunions thématiques par an ainsi qu’un suivi longitudinal auprès de la CCI. Dans un département qui compte 32 habitants par km² (le plus faible taux de la grande région avec celui de l’Ariège), ces installations «aident au développement économique, à la pérennisation des services de proximité, au renouvellement du tissu social» estime Michel Doligé, le président de la CCI. Demeure la question du bouleversement des habitudes quotidiennes et d’un éventuel isolement des nouveaux arrivants. «Il faut du temps pour prendre ses marques.

Heureusement les Gersois sont très accueillants. Puis on apprend progressivement à se défaire d’un certain consumérisme frénétique, en se rendant compte par exemple que l’on n’a pas forcément besoin de rouler en BMW ou en Audi» conclut Anne. Un autre rythme, une autre vie...

N.C. L'Opinion Indépendante http://www.lopinion.com/ Vendredi 24 juin 2016 - N° 3247

Témoignage Anne Guillaume, Coach en entreprises à Gondrin

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